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Mot du Rabbin

Rabbin Stephen Berkowitz

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« Kaddish »

Kaddish, d'où vient la force évocatrice singulière de ce mot ?

En entendant « Kaddish »? On pense aussi à l'état de choc et de tristesse associé à la perte d'un proche. On pense au devoir qui incombe aux endeuillés de réciter cette prière. «Kad-dish » : seulement deux syllabes et apparait aussitôt la vision d'un cercueil et de visages affligés. deux syllabes qui évoquent le lien entre un fils ou une fille et un parent.

Introduction:

Le Kaddish est le texte liturgique par excellence qui nous permet de marquer la transition de la vie vers la mort. Il s'agit de l'une des prières juives les plus connues, et pourtant la plupart des gens ne fait pas attention au sens des mots et ignore l'histoire du texte. On peut même dire que tout cela contribue à la puissance mystérieuse du Kaddish.

Et cependant, le kaddish est omniprésent dans la vie juive. Il a inspiré des écrivains, des poètes et des compositeurs.

Voici le souvenir de Sholem Aleikhem à propos du kaddish qu'il a récité pour sa mère assisté par ses cinq frères. (Rappelons au passage qu'en yiddish, certains désignaient leur fils par l'expression: « mon kaddish » : « Tu aurais dû nous entendre réciter ce Kaddish ! Un vrai plaisir! Tous nos parents rayonnaient de fierté, et les étrangers nous enviaient en disant : « Quand une femme a six fils comme ceux-là pour réciter le Kaddish, elle va à coup sûr, directement au Paradis ».

La grammaire

Attardons-nous un instant sur le mot et sa racine. Kaddish: « être sanctifié ». Il s'agit d'un substantif, du genre masculin, de forme passive. La racine est formée par les lettres kouf dalet shin, et a le sens de « séparé », « mis de côté », « consacré ». A partir de cette racine, la langue hébraïque propose une multitude de mots : Kadosh-Saint; Mikdash-Sanctuaire ; Beth mikdash-Temple ; Kiddouch-la prière de sanctification du chabbat à travers le vin ; Kedoucha, un texte basée sur une vision d'Isaïe qui se trouve dans l'Amidah ; Kiddoushin – les liens sacrés du mariage.

Histoire et explication

Kaddish est une prière appelée « doxologie » ou une louange du nom de Dieu.

La récitation du kaddish représente un acte de kiddouch ha chem, la sanctification du nom de Dieu. L'acte ultime et dramatique de kiddouch ha chem, c'est le martyr qui est prêt à sacrifier sa vie pour le Dieu Un, pour la Torah, et pour le peuple d'Israël.

Parmi d'autres thèmes évoqués par cette prière, nous trouvons : l'espérance messianique, « que le règne de l'Eternel arrive bientôt de notre vivant » ; et l'importance de la paix et la préservation de la vie pour le peuple d'Israël souvent menacé par l'exil et la destruction, « qu'une paix parfaite, et la vie soient accordées à tout Israël ». Enfin, mais uniquement dans le kaddish de l'inhumation, les thèmes de la mort et du deuil sont évoqués.

Les savants pensent que ce texte date de l'époque du deuxième Temple. Dans le Talmud, les Sages enseignent que le monde est maintenu en vie par l'énonciation de cette prière. Le kaddish était probablement récité d'abord dans les maisons d'études en Palestine et dans les académies de Babylonie après une étude ou un sermon. Certains historiens de la liturgie juive soutiennent que l'usage du kaddish dit par les endeuillés date seulement du Moyen-âge.

Liturgie - Les cinq formes du Kaddish - Rites spéharade et askenaze

Le Kaddish occupe une place importante dans notre liturgie. Pour illustration, la prière est répétée 11 fois dans l'office du samedi matin selon le rite orthodoxe askhénaze !

Le kaddish se décline en cinq formes différentes, et chacune à une fonction particulière. Celui qui est le plus connu porte le nom « kaddish yetom » qui veut dire « kaddish de l'orphelin ».C'est le kaddish du souvenir.

Il y a aussi le « kaddish de rabbanan » récité après une étude que les savants pensent être la forme plus ancienne du kaddish ; le « kaddish shalem », c'est à dire le « kaddish entier », qui marque la fin de certaines parties majeures de l'office synagogal. Et puis le « hatsi kaddish », ou « demi-kaddish ». Celui-ci marque la transition entre différentes parties, au cours de l'office.

Enfin le 5ème kaddish, appelé Kaddish le'ithadeta (Kaddish du renouveau)

Ce kaddish est le moins connu car il est uniquement réservé à l'inhumation et de plus, dans le rite orthodoxe. Nous, libéraux, au cimetière, récitons le « kaddish yetom » .

A la différence d'autres prières qui s'adressent directement à Dieu, notamment par la formule « béni sois-Tu », le Kaddish évoque Dieu à la troisième personne.

Et c'est précisément l'absence de cette formule-là qui donne à penser que ce texte provient plutôt des maisons d'étude que des maisons de prière.

Il faut également signaler que le texte du kaddish, dans ses différentes formes, varie également selon les rite séfarade et ashkénaze ; variation que l’on constate, par exemple, dans le kaddish yetom, ainsi que dans le kaddish shalem. Pour les ashkénazim l'avant dernier verset est:

« Que depuis les cieux vient une paix abondante ainsi que la vie pour nous et pour tout Israël ». Alors que dans la version séfarade, le texte est plus ample :

« Que depuis les cieux viennent: une paix profonde, la vie, la satiété, le secours, la consolation, la délivrance, la guérison, la rédemption, le pardon, l'expiation, l'abondance, et le salut ... »

Langue

Les cinq kaddishim sont rédigés en araméen la lingua franca de l'ancien Moyen-Orient - la langue qui a supplanté l’hébreu à partir du 7e ou 6e siècle avant notre ère (à l'exception des réponses « v'imru amen » et du dernier verset, osseh shalom qui sont en hébreu).

Si le texte a été composé en araméen, c'était pour qu'il soit accessible à tous. Pensez aux autres textes liturgiques de notre tradition rédigés en araméen: ha lahma anya, voici le pain de misère , l'invitation au seder de Pessah, ou yah ribbon olam, une des zemirot ou chants de chabbat.

Origines

Quelle est l'origine du kaddish ? A partir de quels versets bibliques a t il été rédigé ?

Abraham ben Isaac, rabbin de Provence du XIIème siècle, s'appuyant sur le Talmud, écrit que le kaddish serait basé sur un verset du Lévitique : « Je serai sanctifié au milieu des enfants d'Israël ».

Si l’on regarde le texte de près, on voit que le premier verset : Que le nom soit glorifié et sanctifié ressemble à un verset d'Ézéchiel (chapitre 38, verset 23):

« Ainsi Je me montrerai grand et saint, Je me manifesterai aux yeux des nations nombreuses, et elles reconnaîtront que je suis Éternel ».

La réponse de la communauté: Que Son grand nom soit béni à jamais et dans tous les siècles est calé sur un verset qui se trouve dans le livre de Daniel : « Que le nom de Dieu soit béni d'éternité en éternité ».

Aspects pratiques

Le kaddish, comme d'autres prières de notre liturgie, est un dialogue dans lequel la communauté répond à l'officiant. Cet échange privilégié entre l'officiant et la communauté est illustré par les mots « v’imrou amen », dites amen qui se répètent à plusieurs reprises vers la fin du texte. S'agissant du kaddish de l'orphelin, l'endeuillé est porté et soutenu par le amen collectif.

Pour que l'endeuillé puisse réciter le kaddish, il faut qu'il y ait un minyan (c'est à dire un chorum) de dix hommes juifs dans les synagogues orthodoxes et traditionalistes, et de 10 hommes ou femmes juifs dans les synagogues modernistes. Comme j'aime le raconter à mes élèves, un minyan composé de 9 bnot mitsvah, 9 filles de 12 ans et un homme juif de 99 ans est tout à fait légitime !

A l'exception de ce kaddish récité au cimetière par les orthodoxes, tous les autres sont récités dans les synagogues ou dans les maison des endeuillés, lors des trois offices quotidiens. En ce qui concerne le « kaddish des endeuillés », il est récité d'abord au cimetière, lors de l'enterrement, puis à la maison pendant les jours de chiva (les sept jours de deuil).

Pour le hetsi kaddish, le kaddish shalem, et le kaddish de rabbanan, l'assemblée est généralement debout. Lors de la récitation du kaddish yetom, ce sont les endeuillés qui se lèvent. Ainsi ils pourront être identifiés par les autres membres de la communauté qui ont le devoir de leur prodiguer des mots de consolation et un soutien moral. Il est intéressant de signaler que dans de nombreuses communautés libérales anglo-saxonnes, toute la communauté se lève pour réciter le kaddish du souvenir, car il est considéré que même si nous ne sommes pas en deuil à ce moment-là, nous le sommes par rapport aux victimes de la Shoah. Nous pensons à tous ceux, parmi les six millions, qui n'ont pas de descendants pour réciter le kaddish.

Il existe une gestuelle particulière pour le kaddish. En disant le dernier verset, on fait trois pas en arrière, et on se penche d'abord à gauche en prononçant le mot « oseh », puis à droite en prononçant le mot « hou », et enfin au centre en prononçant le mot « aleinou ». Cette gestuelle provient de l’étiquette en vigueur dans les cours royales. Il s’agirait, selon le rabbin Reuven Hammer, d’élever ainsi notre conscience d’être debout, en présence de l’Eternel.

Pourquoi réciter le Kaddish ?

Pourquoi un endeuillé doit-il réciter le kaddish ? Pour Dieu ? Pour le défunt ? Pour lui-même? Dans quel but ?

Cette question est discutée à travers les générations dans des textes talmudiques, midrashiques et kabbalistiques.

Une tradition orale très ancienne établit un lien entre Rabbi Akiva, célèbre maître du judaïsme en Palestine au 2ème siècle, la récitation du kaddish par le fils, et l'entrée au royaume du ciel de l'âme du défunt.

En effet, nous trouvons la mention d'une parabole relative au rabbi Akiva dans le mahzor de Vitry , le recueil liturgique composé par Simha ben Shmuel de Vitry le Brûle en Champagne au XIème siècle.

Dans l'histoire, Rabbi Akiva rencontre un homme nu, noir comme du charbon qui porte du bois. « Qui es-tu ? » demande Akiva. « Je suis mort, et condamné à souffrir pour l'éternité », répond l'homme. « J'étais autrefois collecteur d'impôts ; je favorisais les riches et persécutais les pauvres. »

Rabbi Akiva prend en pitié cet homme. Il lui demande : « Tes supérieurs t'ont-ils dit de quelle façon tu pouvais soulager ta condition ? »

« S'il vous plaît, monsieur, poursuit le mort, ne me retenez pas car vous irriteriez mes tourmenteurs. Pour un homme comme moi, il ne peut y avoir de rédemption. Encore que je les aie entendus dire quelque chose à propos d'un fils. Ils ont dit que si ce pauvre homme avait un fils, et si ce fils se tenait devant l'assemblée et récitait la prière du Kaddish il le libéreraient de mon châtiment. »

Rabbi Akiva part alors à la recherche du fils. Il lui enseigne de la Torah. Il présenta le garçon à l'assemblée des fidèles et celui-ci récita la prière Kaddish. A cet instant même l'homme fut libéré de son châtiment. L'homme apparut immédiatement à Rabbi Akiva dans un rêve et dit: « Que la volonté du Seigneur soit que ton âme trouve la joie dans le Jardin d'Eden, car tu m'as sauvé de la sentence de la Géhenne. »

Pendant l'année de deuil, la tradition juive a établi que les fils (selon le rite orthodoxe), et les fils ou les filles, dans les courants modernistes, récitent le kaddish pendant 11 mois. Pour le rabbin Isaac Luria du 16ème siècle, « tandis que la récitation du kaddish pendant les 11 mois permet à l'âme du défunt de passer de la Guéhenne (enfer) au Gan Eden, le kaddish récité au moment du yahrzeit ou hezgir (l'anniversaire du décès) élève l'âme chaque année vers une sphère plus élevée du Gan Eden.»

Aujourd'hui, peu de Juifs qui sont capables de croire encore à ces notions eschatalogiques. Le défi que nous avons donc c'est de trouver de nouvelles explications pour la récitation de cette prière:

En voici deux:

Après la mort de sa mère, Henrietta Szold, fondatrice entre autres de Hadassah, une femme cultivée, notamment dans le domaine juif, reçut une lettre d'un ami . Il lui proposait de dire le kaddish pour sa mère, puisque Henrietta n’avait pas de frère. Tout en étant touchée par son offre, elle refusa pourtant la proposition. Elle lui répondit :

« Je ne peux vous demander de dire Kaddish pour ma mère. Pour moi, le Kaddish signifie que le survivant manifeste publiquement son désir et son intention d'assumer la relation que son père ou sa mère avait avec la communauté juive, et que la chaine de la tradition demeure intacte de génération en génération , chacune ajoutant son propre anneau. Vous pouvez faire cela pour les générations de votre famille. Je dois le faire pour celles de ma famille ». Sa réaction eut pour conséquence la création d’une responsa, un avenant rabbinique, qui permit aux filles dépourvues de frère de dire kaddish sur la tombe de leurs parents.

Dvar Aher:

Nous avons déjà souligné le fait que le kaddish de rabbanan est considéré comme la plus ancienne forme du kaddish. Il y a une hypothèse qui avance que suite à la disparation d'un grand maître à Babylone, ses élèves auraient récité le kaddish de rabbanan comme une prière du souvenir.

Nous pouvons développer, à partir de cette assertion, une idée intéressante sur le sens du kaddish :

Tout d'abord, les mots « maitres », morim, « parents » horim, et torah, se ressemblent. N'est il pas vrai que nos parents sont nos premiers maîtres ?

Quand un fils ou une fille se lève pour réciter le kaddish, on peut dire qu'il ou elle, est en train de reconnaître tout ce que son parent lui a légué comme culture, valeurs, et héritage familial. Si l'enfant arrive à incorporer les enseignements de son parent défunt dans sa vie, on peut dire que la mémoire de son parent reste bénie et qu'elle durera tout au long de la vie de ce fils ou cette fille, et au delà ...

Le Kaddish et la Musique

Le hetsi kaddish est la seule version du kaddish qui est chantée par des hazanim ou des officiants. Le kaddish deit hadeta et le kaddish yetom ne sont pas, pour des raisons évidentes, chantées au cimetière. Le kaddish de rabbanan, quant à lui, est récité sans musique. Il est vrai que parfois le kaddish shalem est cantillé.

Si le hetsi kaddish connait plusieurs formes de musique liturgique, c'est parce que c'est un texte court débute l'office de moussaf Et pour les fêtes telles que roch ha chana et yom kippour, pessah, chavouot, soukkot, et chemini atseret les compositeurs et hazanim ont crée de belles mélodies pour le hatsi kaddish. Dans de nombreuses communautés le hazan rishon, le premier hazon avait l'honneur d'ouvrir l'office de moussaf.

Un bon hazan sait chanter différentes mélodies du kaddish pour les différents offices de l'année liturgique. D'ailleurs dans le rite askhenaze, il existe une tradition particulière pour la fête de Simhat Torah. Le hazan peut combiner autant de mélodies de kaddish qu'il le souhaite. On appelle ce minhag (coutume) yohr's kaddish ou le kaddish annuelle.

Stephen Berkowitz