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le sens de la fête

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PESSAH

La fête

L'une des trois fêtes de pèlerinage, la fête de Pessah, dont l'origine première est agraire (il s'agissait de la fête des prémices de la récolte), a été tôt associée à la fin de l'esclavage des Hébreux et à la sortie d'Egypte.

L'expression Pessach rappelle que Dieu épargna les premiers-nés du peuple d'Israël, en " passant au-dessus " de leurs maisons. Ce terme désigne également le sacrifice pascal: la veille de leur départ, les enfants d'Israël sacrifièrent un agneau et marquèrent de son sang les linteaux de leurs portes, afin que leurs premiers-nés soient épargnés.

A l'époque du Temple, et en souvenir de ce sacrifice, chaque année, un agneau était abattu et consommé lors du Seder. Deux autres noms désignent cette fête: Hag Ha-Matsot, " fête des Azymes ", appellation qui témoigne de l'importance de la consommation du pain azyme, et Zeman Hérouténou, " époque de notre délivrance ", qui met l'accent sur la libération du peuple.

Historique

Pessah est la fête la plus fréquemment citée dans la Tora. Elle commémore la libération de l'esclavage et la naissance de la nation juive.

L'épisode biblique auquel elle se rattache n'est pas précisément daté dans la Bible, mais la plupart des exégètes le situent au XIIIième siècle avant n.è. Ramses II est généralement considéré comme le Pharaon oppresseur, et son fils Méneptah comme celui de l'Exode. L'esclavage n'est que très brièvement évoqué, le texte biblique mettant l'accent sur l'intervention divine qui mena à la délivrance finale. L'histoire commence donc avec l'accession au pouvoir d'un tyran qui décide d'asservir le peuple hébreu (Exode 1).

Puis, sont évoquées la naissance et la survie quasi miraculeuse de Moïse (Exode 2). Enfin, au chapitre 3, débute la narration des événements miraculeux qui menèrent les Hébreux à la liberté. Les " plaies ", fléaux que Dieu fait subir à l'Egypte, se succèdent. Mais seule la dixième, la mort des premiers-nés, fera fléchir le Pharaon.

L'Exode débute alors et s'achève avec le passage de la Mer Rouge et l'anéantissement des troupes de Pharaon (13,17-15,21).

La symbolique

La sortie d'Egypte est, dans la tradition juive, l'événement fondateur central de l'histoire d'Israël. La nuit qui la précède est marquée par un véritable Jugement de Dieu, qui " punit Pharaon et ses sujets ", pour faire triompher la justice et rendre la liberté aux opprimés.

La Pâque inaugure une ère nouvelle, dans laquelle la lumière triomphera des ténèbres et la liberté de la servitude. La sortie d'Egypte restera le symbole dune mutation profonde. Ce récit n’est pas simplement celui d'un exode, mais celui dune nouvelle naissance (Moïse lui-même est " né " deux fois). Il est un véritable rite initiatique, qui reprend certains thèmes fondamentaux du récit de la Création: la séparation des eaux, et la séparation de la lumière et des ténèbres: la séparation des eaux se fait durant la nuit, mais Dieu éclaire son peuple, plongeant Pharaon dans les ténèbres.

Le message essentiel de ce récit est la victoire du Bien sur le Mal et l'impérieuse nécessité de croire en la seine force positive, celle du Dieu d'Israël. La gloire de Dieu s'impose à tour, Hébreux comme Egyptiens, pour se manifester à nouveau lors de la Révélation au Sinaï, finalité ultime de l'intervention divine.

Notons, enfin, que Pessah ne commémore pas seulement le salut historique du peuple d'Israël, mais envisage aussi son salut éternel. L'événement passé est un point de départ, et doit devenir la préfiguration de la délivrance future. Passé, présent et avenir sont indissolublement liés, comme l'indique notamment la phrase que nous lisons le soir du Seder: " C'est en mémoire de ce que Dieu a fait pour moi lorsque je suis sorti d'Egypte ". La libération des corps doit mener à la libération des âmes. Chacun a le devoir de participer pleinement à cette naissance et au salut du peuple. Cette sortie de " l'Egypte intérieure ", gage du triomphe de la Liberté et du Bien, est la condition du Salut.


Cette fête est l'occasion de parler d'histoire. Qu'est-ce que l'histoire dans le judaïsme ? La plupart de nos fêtes commémorent, rappellent des événements qui se sont déroulés dans l'histoire de notre peuple, elle-même inscrite dans la Bible. Elle a été l'objet d'études innombrables pour savoir si ce qui y est écrit a réellement eu lieu. L'histoire est à la fois un récit sur le passé et un discours sur ce récit. Autrement dit, l'histoire raconte des événements passés, et en même temps, elle leur donne un sens.

Prenons l'exemple de Pessah. Lorsque durant le séder est commémorée la sortie d'Egypte, cet événement est considéré comme ayant réellement eu lieu. La sortie d'Egypte est même un thème récurrent dans la Bible, dans la liturgie, dans la Tradition en général. Elle est un événement fondateur du peuple d'Israël. A cause de sa réalité ?

Non, certes pas. Il serait très difficile de vouloir à tout prix prouver un exode de population précis puisque par définition un exode est nomade, il ne laisse pas de traces. Les événements miraculeux racontés lors du séder sont des éléments du récit en lui-même et ne peuvent pas plus être démontrés.

Par contre, ce qui est fondateur ici, c'est le sens que revêt cette histoire pour ceux qui la commémorent année après année, siècle après siècle. C'est un événement qui parle de la recherche de la liberté, de la naissance d'une idée, d'un peuple, d'une rencontre à venir entre un peuple et le Maître de l'univers. C'est le point de départ d'une histoire qui au cours des siècles laissera de plus en plus de traces tangibles.

Rien n'empêche de rechercher la réalité des événements relatés dans la geste biblique. C'est même une attitude très saine d'un point de vue rationnel. Mais cela ne doit jamais nous faire perdre de vue qu'avant tout la Bible donne un sens à notre histoire, à nos vies. Elle nous parle plus de vérité que de réalité.